dimanche 16 septembre 2012

L'armée américaine face à l'ennemi intérieur

La guerre en couleurs:

Depuis quelques mois, nous assistons à un accroissement très significatif des attaques de type "green on blue". Ce vocable otanien désigne des attaques sur les forces de la coalition (blue) par l'armée qu'elle est sensée appuyée (green), l'ennemi étant sans surprise red. La plupart des pays participant à l'ISAF a été confrontée à une action de ce genre. Les Américains, sans doute de part leur nombre, ont subi le plus de pertes de la coalition, les Français sur la FOB de Gwan ont payé un lourd tribut avec 5 soldats tués en janvier 2012 , et dernièrement les Australiens ont perdu 3 des leurs. Les forces de sécurité afghanes n'échappent pas à cette menace puisqu'elles subissent plus de pertes que l'ensemble de la coalition lors de "green on green" comme le relevait le journaliste nicolas Ropert.

crédit photo: Majid Saeedi / Getty Images

Comprendre pour éviter l'impair

Alors que l'on constate cette augmentation de "green on blue", le nombre de pertes liées aux attaques d'IED* - Improvised Explosive Device - est lui en baisse par rapport aux années précédentes. De là à dire que les Taliban ont fait de ces attaques de l'intérieur leur principal mode opératoire, il y a un pas que le général Allen n'est pas encore prêt à franchir. Evidemment, les meurtres de soldats alliés par l'armée qu'ils sont venus soutenir peut s'expliquer par l'infiltration de celle-ci par des éléments insurgés. Cependant, le commandant en chef de l'ISAF évalue cette hypothèse à 25% uniquement des cas recensés. Cela laisse supposer que les autres attaques résultent de vexations et d'incompréhension entre aidant et aidés ou encore l'appât du gain comme ce fut le cas à l'aéroport de Kaboul l'an dernier lorsqu'un pilote de l'armée de l'air afghane a abattu 8 instructeurs et un civil américain. La famille de celui-ci certifiait qu'il n'avait aucun lien avec l'insurrection et expliquait son geste par des problèmes financiers.
Fin février 2012, des soldats américains ont brûlé 500 copies du Coran et prêt de 1200 textes religieux à Bagram, provoquant ainsi des troubles meurtriers. L'armée américaine a aussitôt diligenté une enquête et après 6 mois d'investigation, elle considère que cet autodafé n'était pas intentionnel et résulte d'une profonde méconnaissance de la culture afghane et de la religion musulmane. Cependant, il est toujours surprenant qu'un des fondamentaux de la guerre contre insurrectionnelle ne soit toujours pas intégré par les forces américaines (mais pas seulement cf. soldats allemands jouant avec des ossements) après plus de dix ans de présence en Afghanistan. Pour remédier à cela, l'armée américaine a sensiblement accru le temps consacré aux us et coutumes afghans dans la préparation des troupes en instance de déploiement.

Manifestation à Bagram suite aux Corans brûlés - crédit: AP

L'ennemi intime

Bien que ces attaques  green on blue soient préoccupantes, les pertes qu'elles engendrent restent sans commune mesure avec un phénomène bien plus pernicieux. En effet, l'armée américaine connaît une recrudescence du nombre de suicides parmi les troupes déployées en Afghanistan. 154 soldats seraient ainsi passés à l'acte sur les 155 premiers jours de l'année 2012 ce qui dépasserait de plus de 50% les pertes américaines en Afghanistan dans la même période. "Selon le Medical Surveillance Monthly Report du Pentagone (numéro de mai 2012), 26,4 % des soldats américains ayant perdu la vie en 2011 sont ainsi morts au combat, 19,5 % par suicide et 17,3 % lors d'accidents de la circulation. Il y a cinq ans, en 2006, 40,5 % étaient morts au combat, 24,3 % au cours d'accidents de la route et seuls 11,4 % s'étaient suicidés" cite le journal Le Monde. Ce qui inquiète le plus c'est que ces chiffres augmentent fortement par rapport à 2010 et 2011 alors même que les autorités ont mis en place de nombreuses mesures pour enrayer cette spirale comme le montre le Army suicide prevention program. Le pentagone avoue ainsi ne pas connaître l'efficacité des politiques de prévention.

Crédit US Army

"Mon Dieu, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis je m'en charge!"

Le suicide n'est malheureusement pas le seul phénomène destructeur interne avec lequel l'armée américaine doit composer. Un documentaire "the invisible war" , sorti en juin de cette année, dénonce l'importance des viols et agressions sexuelles au sein de l'institution militaire américaine. Ainsi, 3200 agressions à caractère sexuel ont été rapportées en 2011 et il est fort probable que bien davantage aient été commises car il est souvent compliqué pour la victime de s'exprimer sur de tels actes. Le documentaire pointe également l'omerta qui recouvre généralement ce type de crime, l'armée étouffant la plupart de ces affaires. Le problème est loin d'être récent puisque toujours d'après ce documentaire, on estime à 500000 le nombre de femmes agressées depuis la fin de la seconde guerre mondiale au sein de l'armée américaine. Le problème a pris une telle ampleur que l'on estimait qu'une femme soldat en Irak avait plus de probabilité d'être agressée par un de ses camarades plutôt que d'être tuée par l'ennemi comme le rapporte le Guardian. S'il s'agit prioritairement d'un problème touchant les femmes, les hommes ne sont pas à l'abri puisque le Veterans Affairs office révèle que 37% des military sexual trauma concernaient des hommes.
Bien que mise en accusation par le documentaire cité supra, l'armée américaine a pris conscience de l'ampleur du phénomène en créant en 2004 le Sexual Assault Prevention and Response Office. De nombreux programmes de prévention sont mis en oeuvre et des manuels sont distribués aux unités chacune d'entre elles relayant le message.




Comme pour les suicides, il est aujourd'hui difficile pour les autorités américaines d'évaluer l'efficacité des moyens mis en œuvre. Plusieurs enquêtes semblent démontrer que les caractéristiques du métier de soldat sont propices au développement de ces fléaux. L'enjeu est d'importance pour l'armée américaine car bien après le retour programmé d'Afghanistan en 2014 qui mettra naturellement fin aux green on blue, elle aura encore à se battre contre ses propres démons.


* 3 principaux facteurs peuvent expliquer la baisse des pertes liées aux IED. Tout d'abord, les Taliban ont clairement indiqué leur volonté de cibler davantage et en priorité les forces de sécurités afghanes. Deuxième explication, la coalition s'est davantage focalisée sur la conception des IED et a fait des concepteurs l'un de ses principaux objectifs. Enfin, les techniques de détection et de protection ont fait de sensible progrès forçant les insurgés à modifier la conception de leurs pièges.

vendredi 24 août 2012

Ross Castle l'histoire d'une auto-intoxication

La rentrée s'annonce et pour relancer quelque peu ce blog aux billets erratiques ces derniers temps quoi de mieux que de parler de ses vacances. Chanceux comme je suis, j'ai découvert les vertes contrées de l'Irlande, évitant tout à la fois la cohue des touristes et la canicule du Sud de la France. Lors de ce périple en terre celtique, j'ai pu constaté l'omniprésence des marques du passé: de la romantique abbaye et de son cimetière en bord de mer aux vestiges de quelques châteaux en passant par la reconstitution d'un Trois-Mâts transportant les émigrés plein d'espoir vers l'eldorado américain (aujourd'hui le voyage semble se faire davantage dans l'autre sens au regard du nombre impressionnant de touristes américains parcourant l'île).

Abbaye de Ballinskelligs - collection personnelle

C'est au Sud-Ouest de l'Irlande, dans le très fréquenté Ring of Kerry, et près de la ville de Killarney que l'on peut découvrir Ross Castle. Certes, le cadre est enchanteur et les vestiges sont impressionnants mais c'est bien l'anecdote historique qui l'accompagne qui retient l'attention.
Le château fut construit au XVème siècle au bord du Lough Lein (lac Leane) en gaélique "lac du savoir" par le clan O'Donoghue. L'île est pétrie de contes et de légendes et l'une d'entre elles prétend qu'O'Donoghue tomba de la fenêtre de la plus haute chambre de sa demeure et il disparut dans les eaux du lac avec son cheval (que faisait-il dans cette chambre me direz vous?) sa table et sa bibliothèque. Il vivrait depuis dans un palais sous l'eau d'où il observerait tout ce qui se passe.
Une autre prophétie entoure la création de la forteresse, celle-ci ne tomberait jamais tant qu'une attaque ne serait pas menée par le lac. 

Ross Castle - crédit inconnu
Pour en revenir à l'histoire, le château, alors demeure des comtes de Kenmare fut un des derniers à résister aux troupes d'Oliver Cromwell lors des guerres confédérées irlandaises. Lord Muskerry (MacCarty) qui tient le château fait face aux 4000 hommes et 200 cavaliers du général Ludlow. Lorsque ce dernier décide de faire venir ses renforts d'artillerie par bâteau, les défenseurs du château y voit le signe que la prophétie se réalise. Ils décident aussitôt de se rendre sans combattre... Une victoire sans frais pour Ludlow.

Au delà du gag historique, cette anecdote rappelle l'intérêt de glaner le maximum d'information sur son adversaire dans le cadre d'une approche globale pour pouvoir l'utiliser contre lui. L'utilisation de ces navires (même si elle n'était pas préméditée) a ainsi permis d'éviter une confrontation directe et un siège long et coûteux en vie humaine pour l'armée de Ludlow.

Il ne reste plus dorénavant qu'à trouver les prophéties qui expliquent comment règler la problématique des Taliban en Afghanistan, de la guerre civile en Syrie, d'AQMI dans le Sahel, etc...
Enfin, je vous invite à découvrir l'Irlande tant les paysages sont exceptionnels et la population chaleureuse, bonne visite...

Irlande - collection personnelle


mercredi 4 juillet 2012

Une armée de secouristes

87 morts et plus de 700 blessés, tel est le dernier bilan - sans doute pas définitif malheureusement - des opérations menées par l'armée française en Afghanistan. Depuis 2008, les pertes ont sensiblement augmenté, reflétant l'implication croissante de la France dans le pays. Les troupes déployées à Kaboul et essentiellement dans la province de Kapisa sont depuis lors confrontées régulièrement aux attaques des insurgés et notamment durant l'été, période durant laquelle les prises à partie sont quasi quotidiennes - hors des pauses opérationnelles décrétées par le pouvoir politique.

Le service de santé des armées (SSA) en action
L'intensité des actions de feu a rapidement conduit au déploiement des moyens performants du SSA. Un hôpital de campagne est installé sur l'aéroport de Kaboul ou Kabul International Airport (KAIA) - il était situé sur le camp de Warehouse avant 2008. Très bien équipé, les médecins et chirurgiens qui y servent peuvent pratiquer un grand panel d'opérations chirurgicales. Précisons ici que cet hôpital reçoit  et permet de soigner aussi bien des membres de la coalition - civils comme militaires - des civils afghans mais aussi des insurgés le cas échéant.

HMC KAIA crédit: defense.gouv
 
Lorsque l'état du blessé le nécessite ou que le nombre de patient à traiter est élevé, les soignants de KAIA stabilisent et préparent les soldats à leur rapatriement. L'évacuation vers la France peut être très rapide - dans les 24 heures - grâce au dispositif MORPHEE ou à des Falcon médicalisés. Les blessés sont ensuite pris en charge par l'hôpital militaire de Percy et ses spécialistes.
Cette chaîne médicale  qui comprend également les infirmiers et brancardiers secouristes des unités, s'avère  performante et a déjà fait la preuve à maintes reprises de son efficacité. Elle permet de sauver bon nombre de situation extrêmement compliquées, donnant l'opportunité aux blessés de se reconstruire comme dans le cas du sergent-chef Truchet. Bien qu'ayant été amputé d'une jambe, il a réussi l'exploit de gravir l'aiguille du midi.


Un premier maillon essentiel
Le premier maillon de cette chaîne n'appartient cependant pas au SSA. Fort logiquement, les armées ont rendu obligatoire le suivi de la formation prévention et secours civiques de 1er niveau (PSC1) dans chaque cursus. Bien évidemment, cette qualification civile s'avère insuffisante pour traiter les blessures du champ de bataille. C'est pourquoi, le SSA, en lien avec le commandement des forces terrestres (CFT), a défini une formation au secourisme de combat à deux niveaux. Le deuxième niveau s'adresse aux auxilliaires sanitaires alors que le premier niveau - qui nous intéresse - concerne chaque combattant. Cette formation leur permet de réagir au mieux aux blessures occasionnées par le combat, fusillade, IED, etc. Et ce sont ces premiers réflexes qui souvent conditionnent les chances de survie des blessés. le geste approprié plutôt qu'une technique complexe, voilà la philosophie qui prédomine. Il s'agit de mettre à l'abri des combats par un dégagement d'urgence puis d'évaluer rapidement l'état du blessé: hémorragie, conscience, respiration, alerter par un message formaté et faire les tous premiers soins.

Dégagement d'urgence crédit: 13ème DBLE



L'urgence du combat a d'ailleurs remis au goût du jour l'utilisation du garrot pour toute hémorragie importante. Ce garrot dont la pose ne fait plus partie des formations initiales civiles (PSC1)  a, d'après une étude américaine , permis de décroître de près de 30% la mortalité des soldats souffrant d'une hémorragie. Partant du principe qu'il vaut mieux sacrifier un membre plutôt que de perdre la vie, le SSA équipe chaque soldat en opération d'un garrot tourniquet et d'une trousse individuelle du combattant contenant morphine, pansement compressif et autres antiseptiques.  
Pour être pleinement efficace, le secourisme au combat rappelle que ces gestes ne seront que plus utiles si l'on s'attache à rassurer en permanence le blessé, qui dans le contexte en aura bien besoin.

trousse individuelle du combattant - crédit inconnu

Syndrôme du Stress Post Traumatique

Il y a enfin ces cas où le secourisme de combat est inopérant. Néanmoins, le SSA sensibilise chaque combattant au syndrôme de stress post traumatique (SSPT) et aux symptômes qui y sont associés. Les Américains après la guerre du Vietnam ou encore les Israëliens après la guerre du Kippour ont défini qu'il faut compter environ deux blessés psychiques pour un blessé physique - lors de la guerre du Kippour 900 des 1500 premiers évacués du front étaient des blessés psychologiques.
ce SSPT est une pathologie particulièrement insidieuse. L'armée française a mis en place un sas de décompression à Chypre pour tenter de détecter les différents cas au retour d'Afghanistan. Cependant, l'une des meilleures façons de les percevoir reste la solidarité, celle qui au sein des armées doit inciter à s'intéresser à son frère d'armes et à savoir demander de l'aide pour eux. Tous secouristes donc...

mercredi 20 juin 2012

Force amphibie et défense européenne

Faire des économies

C'est la crise ma bonne dame, on vous le dit depuis plus de quatre ans déjà! 
Les caisses sont vides et la dette pèse toujours plus sur les finances publiques. Dans ce contexte particulièrement morose, l'ensemble des ministères - l'éducation nationale dans une moindre mesure - doit participer à l'effort national. Cependant, dès la fin de l'élection présidentielle, plusieurs voix - Martine Aubry (PS), Jean-Vincent Placé (EELV) et Michel Rocard (PS) - se sont fait entendre pour que la défense contribue encore davantage à cette cure d'amaigrissement budgétaire. En cela, ils ne sont pas différents de la majorité des Français selon plusieurs sondages. Néanmoins, ces prises de position sont en décalage avec les déclarations du candidat et futur président François Hollande qui certifiait que la défense n'allait pas être la variable d'ajustement et qu'elle participerait ni plus ni moins à l'effort collectif. Et pour permettre au ministère de faire des économies, le nouveau ministre de la défense souhaite relancer le "serpent de mer" de la défense européenne toujours léthargique.
Il est vrai comme on a pu le voir avec l'EATC que la collaboration européenne permet de combler une lacune capacitaire ou de partager le coût de fonctionnement de matériels lourds.

Une vraie force amphibie française

Indice de la puissance militaire, la force amphibie et la capacité à déployer un corps expéditionnaire nécessitent d'important moyens. Et dans ce domaine, la France fait encore bonne figure grâce notamment à la livraison de trois BPC - Mistral, Tonnerre et Dixmude - et l'arrivée récente des Engins de Débarquement Amphibie Rapide EDA-R. Si on ajoute à cela un Transport de Chaland de Débarquement TCD et les Chalands de Transport de Matériel CTM, la France peut armer des groupes ou forces amphibies allant de 310 personnes avec 1 BPC  à une force de 1400 Hommes avec 3 BPC et 1TCD.

EDA-R crédit: défense.gouv
 

Les forces de débarquement sont fournies par la division aéromobile du commandement des forces terrestres, la 6ème Brigade légère Blindée et la 9ème Brigade d'Infanterie de Marine. La France a, en effet, opté pour l'interarmée en matière d'amphibie, à la différence des Etats-Unis notamment et de leurs Marines. Cela présente l'avantage d'un plus grand réservoir de troupe capable de réaliser ce type d'opération. L'inconvénient réside dans le nombre plus important d'unités à entraîner ainsi certaines d'entre elles n'ont pu bénéficier de temps d'exercice ce qui diminue naturellement leur niveau d'interopérabilité.

Des engagements internationaux pour une meilleure efficacité

Pour entraîner sa force amphibie, la France s'appuie sur deux axes - en plus du programme national :
Tout d'abord les engagements bilatéraux et en premier lieu avec les Etats-Unis. C'est dans ce cadre que s'est déroulé l'exercice Bold Alligator, le plus gros de ces dernières années avec près de 16000 hommes engagés, 30 navires et 150 aéronefs. Cependant les Américains utilisent peu les normes OTAN limitant ainsi l'interopérabilité et qui conduit les Français à agir davantage en soutien d'une opération US.




L'autre échange privilégié se fait avec le Royaume-Uni dans le cadre du partenariat initié par David Cameron et Nicolas Sarkozy fin 2010. Un gros effort d'harmonisation est en cours pour permettre une meilleure coopération. Cet accord intéresse particulièrement les Britanniques car il leur permet de conserver un savoir-faire porte-avion (le groupe aéronaval étant un élément essentiel pour la mise en place d'une force amphibie) au moment où ils s'en trouveront privés. La Royale peut quant à elle combler ses quelques lacunes capacitaires en matière logistique notamment grâce aux moyens dont dispose la Royal Navy. 

Et l'Europe alors? 
 
Néanmoins la volonté affichée par Jean-Yves Le Drian de relancer la défense européenne pourrait inciter à freiner sur cette coopération trans-Manche au profit de l'Initiative Amphibie Européenne.


crédit inconnu
 

Cette dernière est le deuxième axe sur lequel s'appuie la France pour entraîner et améliorer sa capacité amphibie. Cette structure rassemble actuellement cinq pays: France, Angleterre, Espagne, Italie et Pays-Bas. La volonté est à l'élargissement et l'Allemagne a acquis un statut de membre associé. Cette initiative repose sur la réalisation (planification et conduite) d'exercice de manoeuvre amphibie comme ce fut le cas en 2010 avec Emerald Move, le prochain devant avoir lieu en Espagne en 2013 Flotex. Cependant, la situation financière des différents pays participants ne les incite pas à postuler pour prendre à leur charge la préparation d'exercices  pourtant nécessaires à une vraie synergie européenne. Ce manque de volonté se traduit par l'absence de définition d'un contrat opérationnel pour cette Initiative Amphibie Européenne qui l'obligerait.
Paradoxalement, l'argent pourrait être un des principaux obstacles à surmonter pour le ministre de la défense dans sa volonté de relancer une défense européenne. Pourtant cette collaboration est aujourd'hui nécessaire car si la France dispose encore aujourd'hui de moyens de projection amphibie performant, certaines lacunes se font d'ores et déjà ressentir tels que les capacités d'appui feux de la Marine Nationale aux actions au sol.  C'est un des enseignements de l'opération Harmattan et l'équipement de canons de plus faible diamètre sur les nouvelles frégates multi-missions  (76mm au lieu de 100 mm) ne devrait pas corriger ce déficit.

mercredi 18 avril 2012

Guide du bon usage des médias sociaux, communication opérationnelle et lien armée-nation


Le 5 avril 2012, le ministère de la défense via la délégation à l’information et à la communication de la défense a mis en ligne le guide du bon usage des médias sociaux. L’annonce de cette diffusion a été plutôt bien relayée par les différents médias intéressés par le domaine de la défense non sans formuler un certain nombre de critiques ; la principale demeurant l’arrivée tardive de ce guide au regard de ce que le département de la défense américain avait déjà réalisé depuis bien longtemps. Certes, cette réflexion écrite aurait pu déboucher plus tôt mais il faut tout de même préciser que l’institution n’a pas attendu ce guide pour sensibiliser ses hommes quant à l’usage de ces réseaux sociaux. Conscient, des risques liés à une mauvaise utilisation des nouvelles technologies de nombreuses unités ont réalisé des informations sur celles-ci et notamment avant des départs en opération pour éviter la divulgation d’opérations ou encore l’effet du caporal stratégique. La parution aujourd'hui de photographies montrant des soldats américains posant avec des "restes" d'insurgés est un des plus récents exemples, l'impact de ce type d'image est désastreux et met à mal l'excellent travail effectué sur le terrain durant de longs mois.



La démarche de ce guide est néanmoins vertueuse puisqu’il s’agit non pas d’interdire ou de réglementer (ce qui s’avère extrêmement compliqué) l’usage des réseaux sociaux par les militaires mais bien de les aider dans leur pratique individuelle comme institutionnelle à se poser les bonnes questions avant de publier sur internet où le droit à l’oubli n’est qu’illusion. Certains ont également pu trouver ce guide simpliste mais la population cible étant si hétérogène – du soldat au général en passant par l’organisme ou la famille du militaire – qu’il est bien difficile de rentrer davantage dans la technique.
Au final, les prescriptions souvent génériques du guide du bon usage des réseaux sociaux font appel au bon sens et à la responsabilité des individus. Si le métier militaire possède des spécificités et notamment le devoir de réserve et l’obligation de discrétion, la plupart des conseils peuvent s’appliquer au citoyen utilisant ces mêmes réseaux au quotidien.

Je choisis l’option défensive

La réalisation de ce guide ainsi que les différents sites, pages Facebook, comptes Twitter etc. du ministère de la défense démontre que ce dernier a pris la mesure de l’importance des réseaux sociaux. Cependant, il semble que les armées s'orientent davantage sur une démarche défensive - voire craintive - de peur sans doute de faire des erreurs pourtant déjà commises comme le souligne Jean-Marc Tanguy sur son blog: le guide du faites ce que je dis pas ce que je fais.
Et pourtant, les nouvelles technologies offrent des opportunités à moindre coût pour la communication opérationnelle car dans la bataille sur les perceptions l’ennemi, même au fin fond de l’Afghanistan, ne doit pas être sous estimé. Les Talibans usent des forums et des réseaux sociaux pour mettre en exergue leur action comme ce fut encore le cas lors des attaques coordonnées de dimanche dernier. Depuis quelques mois, L’ISAF s’est adaptée en contrant les informations données par les insurgés notamment sur Twitter. Cette réactivité fait encore défaut aux organismes de la défense ainsi alors qu’un correspondant de la BBC annonçait que le camp Warehouse était attaqué et que les soldats français en charge de sa protection faisait le coup de feu (pendant plus de deux heures tout de même), il fut impossible d’obtenir des informations du ministère de la défense avant la toute fin de journée et ce malgré la demande réitérée de journalistes tels que Philippe Chapleau de Ouest France. 
Bien évidemment, il s'agit d'éviter de donner des informations non vérifiées ou qui pourraient inquiéter les familles mais bien de maîtriser cette information afin d'éviter de possibles extrapolations.


Bien sur internet bien dans sa ville


Pour obtenir cette réactivité en opération, il est nécessaire de se préparer dès la base arrière. En effet, une audience (abonnés, followers, etc.) ne se crée pas du jour au lendemain, il est donc nécessaire de développer la présence sur les réseaux sociaux dès que possible. Cela est néanmoins facilité par la demande réelle pour les comptes d’organismes de défense comme le prouve le nombre d'abonné toujours croissant aux pages ou compte de la défense. Chaque unité, régiment etc. pourrait développer sa page Facebook ou son compte Twitter pour parler de ses actions, son rôle, sa place dans la ville au quotidien. Au moment où l’on estime le lien armée nation de plus en plus ténu, cette démarche simple pourrait concourir à son renforcement sans demander un investissement matériel et humain exhorbitant. Cette audience "captive" pourra ensuite suivre le régiment de sa ville lorsqu'il sera en opération, témoignant de son action et participant ainsi à la compréhension de l'intervention française. 

crédit Defense.gouv.fr

Après avoir rédigé ce guide, la DICOD et le ministère de la défense pourrait donc se pencher sur un guide interne au profit de la communication opérationnelle pour que cette dernière utilise au mieux les opportunités données par les réseaux sociaux au profit des forces armées, "n'ayez pas peur"!

A lire également, dans le même esprit et plus complet le billet de Mars Attaque:

Un avis, une suggestion n'hésitez pas à commenter!

mercredi 21 mars 2012

Hommage aux parachutistes assassinés

Tombés sous les balles d'un fanatique parce qu'ils étaient militaires. Assassinés parce qu'ils représentaient cet ensemble d'hommes et de femmes au service de la Nation. Morts en France des conséquences de conflits extérieurs mais finalement morts pour la France...

Maréchal des logis chef Imad Ibn ZIATEN 
Caporal Abel CHENNOUF 
1ère  Classe Mohamed Farah Chamse-Dine LEGOUADE

En juillet 1942,  l'aspirant Zirnheld, appartenant au French Squadron de la Special Air Service (SAS) Brigade, effectue un raid en Lybie sur un aérodrome allemand. Au retour de cette opération réussie, il est mortellement blessé par une attaque aérienne. On retrouve alors sur son corps une prière qu'il avait lui même écrite quelques années auparavant (1938). Cette prière est très rapidement appelée prière du parachutiste. En hommage aux parachutistes assassinés en voici la retranscription écrite mais également chantée (la version donnée ici est celle adoptée par l'Ecole Militaire Inter Armes):

Mon Dieu, donne-moi la tourmente,
Donne-moi la souffrance,
Donne-moi l’ardeur au combat.
Mon Dieu, mon Dieu, donne-moi la tourmente,
Donne-moi la souffrance,
Et puis la gloire au combat, et puis la gloire au combat.

Ce dont les autres ne veulent pas,
Ce que l’on te refuse,
Donne-moi tout cela, oui, tout cela.
Je ne veux ni repos, ni même la santé
Tout ça, mon Dieu, t’est assez demandé.

Mais donne-moi, mais donne-moi,
Mais donne-moi la foi
Donne-moi force et courage,
Mais donne-moi la foi, donnes moi force et courage,
Mais donne-moi la foi
Pour que je sois sur de moi !


dimanche 18 mars 2012

Liste de blog: pour ne pas partir de rien!

Lorsque l'on souhaite s'informer dans un domaine particulier, la plongée dans l'internet se révèle souvent déroutante. La somme d'information et les réponses parcellaires des moteurs de recherche ont vite fait de nous noyer au milieux de sites et autres blogs aux niveaux très hétérogènes. C'est l'occasion pour l'être humain de reprendre le dessus sur la technologie car rien ne remplace le bouche à oreille ou le conseil de veilleur avisé.


Afin de vous faciliter la tâche dans vos recherches d'information sur la défense et les relations internationales (entre autres) , je vous invite donc à consulter ma petite "blog roll list" (à gauche) pour ne pas partir de rien. Plusieurs commentaires sont néanmoins nécessaires:
  • Tout d'abord le choix de ces blogs est totalement subjectif mais repose essentiellement sur la qualité de l'information et du plaisir que j'ai à lire les différents billets. 
  • Les blogs/sites sont classés d'une façon qui ferait sans doute frémir n'importe quel documentaliste (même en tout début de formation) mais comme on a rien sans faire un minimum d'effort...
  • L'Alliance Géostratégique est particulièrement présente dans cette même liste. Cela est lié à sa forte présence dans les domaines qui nous intéresse sur la blogosphère mais aussi parce que la plupart des blogs correspondent au premier critère.
  • Nombre des sites ou blog cités ont eux mêmes une liste de blog qui pourra vous permettre d'accroître vos références: A noter le site Theatrum Belli qui recense de manière exhaustive le Web défense français sur RETIS BELLI.
  • Pour être plus complet dans la veille, il serait nécessaire également de faire un point des comptes Twitter qui vous permettront de vous informer au mieux quotidiennement. Pour cela je vous invite à vous rendre mon compte twitter et de consulter mes abonnements. Là encore il vous faudra faire un tri entre les comptes de hockey et de rugby mais cf. 2ème remarque...
Voilà en souhaitant que ces quelques suggestions vous facilitent l'accès aux enjeux de la défense et des relations internationales comme ce fut le cas pour moi grâce aux conseils avisés de Marsattaqueblog.

Bonne lecture!

vendredi 9 mars 2012

Les Merlinettes, premières femmes "soldats" de l'armée de terre

Comme tout le monde l'a bien compris, le 8 mars est la journée mondiale de la femme. Alors je ne déroge pas à la règle - si ce n'est avec un peu de retard - en rédigeant ce petit billet à l'attention de la gente féminine mais aussi à ceux qui s'intéressent à notre histoire militaire. 2012 est en effet l'année du 70ème anniversaire des Transmissions. Cette arme détient le plus haut taux de féminisation de l'armée de terre. Elle le doit,  notamment,  à ses origines: 

Merlinettes crédit appat.org


le Corps Féminin des Transmissions (CFT)

En 1941, le général d'armée Juin devient commandant en chef des Forces d'Afrique du Nord, il fait alors appel au général Merlin - alors colonel - pour occuper la fonction de commandant des transmissions. Lorsque l'armée d'armistice est démobilisée fin 1942, le général Merlin toujours à Alger prend en main la destinée de l'arme. Il décide alors d'ouvrir l'accès des transmissions aux femmes et le général Giraud commandant en chef des forces terrestres et aériennes d'Afrique du Nord valide la création du Corps Féminin des Transmissions le 22 novembre 1942. Six mois après la naissance de l'arme des transmissions - le 1er juin 1942 - , les femmes occupent d'ores et déjà un rôle dans cette fonction opérationnelle. La campagne d'affichage pour enrôler les volontaires pourrait être considérée comme machiste au regard de nos critères actuels: "Jeunes filles, engagez-vous, votre place dans les bureaux permettra à un homme de prendre les armes pour reformer notre armée" mais elle connaît un franc succès et les candidatures nombreuses permettent une sélection drastique.

affiche de recrutement crédit: appat.org

 
Les volontaires choisies sont ensuite formées dans différentes spécialités telles que téléphonistes, radio secrétaire d'analyse, télétypiste et exploitants radio. L'instruction est intense et ne se limite pas à la technique, les après-midi étant consacrés à l'entraînement physique identique à celui réservé aux "bleus". A peine ont elles fini leur formation qu'elles sont engagées au niveau corps d'armée - et supérieur - sur le théâtre d'opération tunisien en mars 1943. Environ cent cinquante des Merlinettes servent comme radio ou télétypistes à Tebessa, Sfax, Sousse...

Les Merlinettes et le Corps Expéditionnaire Français

Le CFT regroupe rapidement près de deux mille filles et certaines d'entre elles participent ensuite aux campagnes d'Italie et de France. la compagnie 807 de transmissions du Corps Expéditionnaire Français d'Italie (CEFI), le détachement de transmissions 805 et le détachement d'écoute 808 débarquent à Naples et progressent au côté du général Juin de Monte Cassino à Sienne en passant par le Garigliano et Rome. le 16 août 1944, la compagnie 807 débarque à Saint-Tropez et débute la campagne de France durant laquelle elle est rejointe par une autre compagnie la 827/1. L'épopée de ces unités prend fin après l'armistice le 9 juillet 1945 à Innsbrück. 

Débarquement en Provence crédit: le blog d'un caillou (tendre)

Si ces jeunes femmes ont bien conscience de ne pas être les combattantes de première ligne, leur dévouement reste exemplaire comme le dit Paulette Vuillaume: "nous porterions sur notre cœur le même insigne en cuivre, le coq gaulois qui se dressait sur ses ergots. Nous allions représenter un seul et unique soldat, le soldat de l'Armée Française d'Italie de 1944.
Cependant près de cinquante jeunes filles sont plus spécifiquement sélectionnées, instruites et entraînées  - notamment au saut en parachute - pour devenir opératrices radio en France occupée. Cette mission particulièrement dangereuse coûte la vie à cinq d'entre elles: Elisabeth Torlet fusillée le 6 septembre 1944 près de l'Isle-sur-Doubs, Marie-Louise Cloarec, Pierrette Louin, Eugénie Djeni et Suzanne Meritzien exécutées le 18 janvier 1945 au camp de Ravensbrück.

La valeur de l'engagement des Merlinettes est indéniable et démontre que les femmes ont toute leur place dans une armée de terre professionnelle comme le note le général Bagaria qui a commandé l'Ecole des Transmissions. Le Maréchal de Lattre de Tassigny témoigne de la qualité du Corps Féminin des Transmissions en ces termes: "Les volontaires féminines de la Première Armée, quelle que fût leur tâche, obscure ou exaltante, ont fait preuve d'un dévouement souriant, d'un zèle sans défaillance, certaines d'un héroïsme magnifique. Elles peuvent être fières de la part qu'elles ont prise à notre victoire. Que demain sous l'uniforme encore ou de retour dans leurs foyers elles restent intimement fidèles à l'esprit de l'armée "Rhin et Danube". Ainsi continueront-elles à bien servir la France".

Sources: 
Elles ont répondu "Oui" au général de Gaulle de Paulette Vuillaume, extrait: http://babelouedstory.com/thema_les/debarquement_provence/9505/9505.html Ce texte a été publié dans le Bulletin de l'Association Nationale du Souvenir de l'Armée d'Afrique, n° 34, Janvier 2004.

lundi 20 février 2012

L'Allemagne et la tentation prussienne


Impliqué dans un scandale financier, le président allemand Christian Wulf a présenté sa démission le 17 février. C'est un rude coup pour la chancelière Angela Merkel qui avait usé de tout son poids pour le faire élire en 2010. Les négociations entreprises entre les différents partis ont abouti au choix de Joachim Gauck pour succéder à Wulf. N'étant affilié à aucun parti politique, il jouit d'une très bonne réputation, la chancelière l'ayant qualifiée de "professeur de la démocratie".  Cette popularité lui vient notamment de son passé d'opposant au régime communiste de l'ex-RDA car comme bon nombre de dirigeants allemands depuis 1990, ce pasteur luthérien vient d'Allemagne de l'Est.

Le poids de l'histoire

C'est sous le règne de Frédéric II (1712-1786) que la Prusse devient une vraie puissance politique et militaire. Elle ne fait ensuite que s'agrandir à l'exception de la période napoléonienne dont elle est néanmoins une des principales bénéficiaires en récupérant la Rhénanie et la Westphalie lors du congrès de Vienne. Suite à la guerre austro-prussienne de 1864-1866 puis la guerre franco-prussienne de 1870, Bismarck réalise l'unification allemande sous la férule de la Prusse et des Hohenzollern. C'est la "solution petite-allemande" et la fondation de l'Empire Allemand (deuxième du nom).


Drapeau du Royaume de Prusse jusqu'en 1918

Après la défaite de 1918, la Prusse devient un "simple" Land au sein de la République de Weimar quand bien même le plus important géographiquement et le plus touché par le traité de Versailles. Ayant adhéré au national-socialisme, la Prusse est ensuite intégrée au sein du IIIème Reich hitlérien mais la défaite de 1945 lui porte un coup fatal. Les vainqueurs à l'instar de Mirabeau estimant que la guerre est l'industrie nationale de la Prusse décide la fin du berceau du militarisme allemand en proclamant la dissolution de l'état prussien en 1947.

La Prusse (en bleu) en 1871

L'autre héritage de la Seconde Guerre Mondiale s'est évidemment la scission du pays entre la RFA et la RDA et si la seconde conserve Berlin comme capitale, l'Ouest rassemble les organes administratifs et exécutifs de la fédération à Bonn.

Réunification et nouveau déplacement du centre de gravité allemand vers l'Est

La déliquescence de l'URSS à la fin des années 80 permet d'envisager la réunification allemande. L'Ouest étant vainqueur à l'usure, la RDA semble davantage absorbée par la RFA dirigée par le chancelier Helmut Kohl qui supporte le coût astronomique de cette renaissance. Cependant, dès le jour de la réunification le 3 octobre 1990, Berlin redevient la capitale de l'Allemagne et après un vote extrêmement serré au Bundestag en juin 1991, la décision est prise d'y transférer les institutions de Bonn (une partie de celles-ci demeurent néanmoins dans l'ancienne capitale de la RFA).
La fin de l'empire soviétique est également l'occasion pour l'Allemagne de renouer avec ses attractions géopolitiques originelles en intervenant dès que possible dans la "Mitteleuropa". Ainsi au moment de la dislocation de la Yougoslavie, l'Allemagne est le premier pays à reconnaître la Croatie. C'est aussi dans cette région et pour la première fois depuis la Seconde Guerre Mondiale qu'elle intervient militairement en participant aux différentes forces d'interposition. Comme le note la revue Diplomatie dans un dossier consacré à l'Allemagne paru en mars 2011: "Depuis la chute de l'Union Soviétique, l'Allemagne s'est engagé dans un rapprochement auprès des pays d'Europe de l'Est afin de renouer avec l'ancienne sphère d'influence de la Prusse et de l'Autriche".

Puissance décomplexée

Bundeswehr en Afghanistan crédit: Reuters
L'image de la Prusse est fortement associée à l'armée. Celle de l'Allemagne réunifée connaît un véritable renouveau. Avec plus de 250000 militaires, la défense est redevenue un vecteur d'expression de la politique allemande. La Bundeswehr a ainsi été engagée dans plusieurs opérations extérieures, en Bosnie au sein de l'EUFOR, au Kosovo avec la KFOR ou encore dans la FINUL au Liban. L'Allemagne est également un des plus grands contributeurs de troupes au profit de l'ISAF en Afghanistan. C'est prêt de 6700 soldats qui étaient projetés en 2011 (moitié moins cependant que le contingent français à la même période).
L'industrie d'armement allemande n'est pas en reste car le pays est au 3ème rang des exportateurs d'armement avec comme principaux clients l'Autriche, les Etats-Unis, la Turquie et l'Espagne.

Angela Merkel devant le Reichstag en 2009 crédit: Associated Press

Pour nombre d'Allemands, la relation avec l'histoire prussienne s'est apaisée et on se réfère davantage à cette période avec une certaine fierté, une nostalgie prussienne comme il existe une nostalgie napoléonienne en France. L'arrivée au pouvoir de la chancelière Angela Merkel originaire de l'ex RDA a normalisé le rapport entre les deux Allemagnes. Le pays traverse l'actuelle crise mondiale grâce notamment à la rigueur (caractéristique toute prussienne également) imposée par sa dirigeante. Sûre de sa force économique, l'Allemagne affirme sa position sur l'Europe avec ou sans l'habituel partenaire français. Elle se veut moralisatrice contre les pays trop dispendieux. L'arrivée prochaine d'un président allemand originaire de l'Est, pasteur luthérien ne saurait mieux incarner la rigueur, l'austérité et la discipline, caractéristiques traditionnelles de la Prusse.


Source: ambitions allemandes http://www.scribd.com/doc/58526762/Ambitions-allemandes-Note-d-Analyse-Geopolitique-n%C2%B025

 

dimanche 5 février 2012

En attendant l'A400M, l'European Air Transport Command

Composante importante de l'autonomie capacitaire d'intervention d'un pays, le transport aérien militaire est une vraie problématique pour les armées françaises aujourd'hui. Contrairement aux Etats-Unis avec leurs gigantesques C-17 et aux Russes avec leurs non moins gigantesques Antonov 124, la France ne dispose pas de capacité de transport stratégique de fret ce qui l'oblige d'ailleurs à louer ce type d'avion pour approvisionner les théâtres d'opération comme l'Afghanistan via un contrat SALIS (Strategic Air Lift Interim Solution).

Tigre chargé à bord d'un ANTONOV crédit: defense.gouv.fr




une flotte aérienne en soins palliatifs

Dans le même temps, la flotte française d'avions de transport tactiques , particulièrement sollicitée, est vieillissante. Elle est principalement constituée de C-160 Transall dont les premiers exemplaires furent mis en service en 1967. Bien qu'il y ait eu un programme de remise à niveau au début des années 1990, la quasi totalité des appareils de ce type ont atteint leur limite de vie et les mécaniciens de l'armée de l'air font preuve d'une grande ingéniosité pour leur conserver du potentiel. Les C-130 Hercule, bien que plus récents sont eux aussi sur une courbe descendante et seul les CASA CN-235 tirent leur épingle du jeu mais leur capacité d'emport en passagers ou en matériel est bien plus faible que celle des deux précédents. 
Prévu pour renouveler la flotte aérienne française, l'A400M d'Airbus a connu de grandes difficultés de conception liées notamment aux volontés différentes des partenaires sur le projet. Les problèmes furent si nombreux que la réalisation de l'avion fut même remise en cause par Thomas Enders président d'Airbus. Aujourd'hui, les doutes sont levés mais le programme a connu un tel retard que l'armée de l'air devrait recevoir son premier avion en 2013 (la version pour les troupes aéroportées n'arriverait qu'en 2014); elle devrait donc se trouver face à un trou capacitaire majeur entre ses appareils vieillissants et l'arrivée du très moderne A400M.

A400M crédit: aviationnews.eu
L'anticipation du vide

Afin d'éviter ce handicap majeur, la France a tenté de pallier ce déficit de deux manières. Tout d'abord, le ministère de la défense a passé commande auprès de la société Casa (entreprise espagnole filiale d'EADS) de huit CASA CN-235 le 25 mars 2010. Mais comme je l'ai déjà mentionné, les capacités de cet appareil reste insuffisantes au regard du besoin des armées françaises.

EATC à Eindhoven crédit: Belgian defense

L'autre initiative prise par la France, c'est la création de l'European Air Transport Command avec l'Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique le 1er septembre 2010. Ce nouveau commandement opérationnel a pour mission de rationaliser l'emploi des moyens en transport aérien des quatre pays contributeurs. Ainsi les avions sont placés sous l'autorité de cet organisme basé à Eindhoven et non plus sous celle de leur commandement national. Cependant, certaines situations permettent aux Etats d'utiliser leurs avions à leur convenance telles que l'évacuation de ressortissants. L'EATC est sensé atteindre sa pleine capacité opérationnelle en juillet 2013 mais d'ores et déjà le résultat de la régulation des 170 avions (dont 80 allemands et 60 français) semble donner satisfaction. Lorsqu'un avion français se rend en Afghanistan, il peut revenir avec des soldats allemands évitant ainsi des voyages à vide. La France qui devait donc connaître de grandes difficultés dans son transport aérien tactique limite cette fragilité en échangeant notamment des heures sur ses A310 contre des heures sur Hercule ou Transall. Exemple tangible d'une capacité européenne de défense, l'EATC devrait attirer d'autres nations. L'Espagne et le Luxembourg se montraient intéressés en 2010. L'Angleterre qui a baissé sensiblement son budget de la défense, est également attentive aux résultats de cet organisme européen.

des Euros contre de l'autonomie?
Le principe coopératif mis en oeuvre au sein de l'EATC semble devoir se développer en période de crise. L'OTAN vient en effet d'annoncer l'achat de cinq drones dans le cadre du système Alliance Ground Surveillance financé par 13 des 28 pays membres et auquel l'Angleterre et la France s'associent sans le financer (ils participeront par la mise à disposition éventuelle de leurs propres moyens: respectivement Sentinel et Heron). 
Cette mutualisation pose dans les deux cas le problème de la priorité qui sera donnée et par qui, à l'emploi du matériel. La baisse des coûts obtenue par ce système implique donc la perte d'un peu d'autonomie mais se poser la question n'est il pas déjà un problème de riche dans notre situation économique?

samedi 28 janvier 2012

Livre Blanc de la Défense et de la Sécurité Nationale et vision stratégique

Le dernier Livre Blanc de la Défense et de la Sécurité Nationale (LBDSN)  fut publié en juin 2008. Il faisait suite à celui réalisé sous le gouvernement Edouard Balladur en 1994. Le délai avec la parution d'une nouvelle mouture sera vraisemblablement moins long puisque la réflexion a déjà été initiée comme le souhaitait le président Nicolas Sarkozy. Ce document qui définit la stratégie globale de défense revêt un caractère essentiel pour les armées puisqu'il conditionne (justifie?) la taille et l'équipement de ces dernières. Elles participent d'ailleurs à la réflexion stratégique de manière permanente grâce à la délégation aux affaires stratégiques (DAS) créée au lendemain de la guerre du Golfe et qui mériterait à elle seule un article.

Défilé du 14 juillet - chars Leclerc crédit: defense.gouv.fr
 Alors quels sont les changements qui conduisent à de nouvelles études prospectives sensées nous éviter toute surprise stratégique*? 
Deux ruptures majeures peuvent être constatées depuis 2008:
  • Tout d'abord la situation dans les pays du Sud de la Méditerranée a profondément évolué suite aux différentes révolutions arabes, toujours en cours ou aux conséquences toujours sensibles (révoltes de Touareg au Mali par exemple).
  • Deuxième point et sans doute le plus sensible: la crise et son corollaire un budget anémié. Dans ces conditions comment conserver des ambitions internationales élevées?
Le choix de repenser le LBDSN a été fait peu après la mort de Ben Laden et ce qui pouvait sembler être une rupture ne l'est pas totalement puisque la menace Al Qaida perdure grâce notamment à ses "franchises" telle que Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI). Tout au plus, le mouvement islamiste devrait il être moins omniprésent dans les problématiques de sécurité internationale.
D'autres tendances géopolitiques sont à prendre en compte dans cette réflexion stratégique comme le fait la DAS en réfléchissant sur les 30 prochaines années:
  • Le déclassement de l'Europe semble inéluctable.
  • Le modèle occidental est en perte de vitesse ce qui nous amène à une forme de transition géopolitique.
  • Les Etats-Unis dominent encore du point de vue militaire mais touchés par la crise également, les économies envisagées (actuellement près de 500 milliards sur 10 ans) risquent de leur faire perdre l'avance de leur défense notamment du point de vue technologique. Cela se traduit d'ores et déjà par des choix quand à leur déploiement: retrait de deux brigades stationnées en Allemagne et bascule de moyens vers l'Asie
  • Conséquence du point précédent, on pourrait assister à l'absence d'hyper puissance susceptible d'accroître l'instabilité et donc de favoriser la "conflictualité".
Les premières implications de ces tendances sont déjà tangibles. En effet, la crise budgétaire incite les Etats-Unis a un engagement moins important comme ce fut le cas en Lybie où ils laissèrent (voire incitèrent) les pays européens à prendre davantage d'initiatives. Dans ce contexte, le sommet de l'OTAN qui doit se tenir à Chicago pourrait être l'occasion de faire évoluer l'Alliance vers un outil plus souple,  plus pragmatique mais surtout dans lequel chacun s'impliquerait financièrement.
Cette problématique financière, l'argent restant le nerf de la guerre, oblige à repenser l'outil de défense si la France souhaite conserver une autonomie capacitaire:
  • Ainsi et paradoxalement, la crise peut offrir une nouvelle opportunité à une Europe de la Défense toujours balbutiante et bien mal en point. Le rapprochement franco-britannique pouvant en être une illustration - même s'il faut davantage y voir la représentation du pragmatisme anglo-saxon.
  • Dans l'idée de baisser les coûts, il semble rationnel de développer le modèle coopératif mis en oeuvre en Lybie avec la participation d'Etats tels que le Qatar. Cela permet bien évidemment le partage des frais mais aussi d'atténuer l'affichage "occidental" de la force.

Mirage 2000 du Qatar, crédit inconnu
  • la réduction des frais passe également par des interventions plus courtes, bornées dans le temps afin d'éviter des missions interminables telles que celles dans les Balkans ou en Afghanistan. Cela permet de limiter l'"empreinte au sol" - poids logistique de l'opération.
  • Enfin, l'externalisation de la sécurité est un tabou français largement dépassé par les anglo- saxons - avec néanmoins les dérives telles que Blackwater - et la France doit se doter d'une doctrine dans le domaine pour autoriser l'émergence d'acteurs nationaux et éviter de dépendre de ces mêmes groupes anglo-saxons. 
Au regard de tous ces éléments, il serait intéressant de pouvoir prédire tel madame Irma quels seront les engagements futurs. Cependant, la Tunisie et la Lybie sont là pour nous rappeler le danger d'un tel exercice. C'est pourquoi, peut on au mieux envisager quelles sont les zones géographiques conflictuelles. En cela, l'actuel LBDSN n'est à mon sens pas encore obsolète:
  • Bien que les changements soient nombreux au Sud de la Méditerranée, l'arc de crise définit en 2008 est toujours d'actualité et il faut sans doute se montrer attentif aux évolutions liées au printemps arabes et ses répercussions dans la périphérie.
  • Bien évidemment, l'environnement de sécurité d'Israël reste prégnant, considérant également que l'Iran fasse partie de cette problématique.
  • La lecture régulière du Courrier des Balkans rappelle la conflictualité potentielle de la région - conflits gelés.
  • L'Afrique dans son ensemble reste également une zone géographique à risque: RDC, Nigeria, etc.
  • Enfin et ça ne faisait pas partie de la précédente édition, l'Arctique devient hautement "crisogènes" car elle concerne les grandes puissances de ce monde - Etats-Unis, Canada, Russie, Union Européenne, Chine -  autour des plus grandes réserves énergétiques du globe et de futures routes commerciales majeures voir mes billets précédents sur le sujet ici, ici et
L'article d'Atlantico écrit par le général (2S) Pinatel met également en exergue une autre zone possible d'action des forces armées: "l'armée française se retirera d'Afghanistan avec une expérience considérable face à la menace que nous allons rencontrer hors de nos frontières et probablement sur notre territoire national dans les années à venir." Bien que l'application de la contre insurrection en France n'est pas à souhaiter, la réflexion du général Pinatel rappelle la nécessité de revoir également l'utilisation de l'outil militaire sur le territoire national notamment au moment où le nombre d'opérations décroît grandement - Côte d'Ivoire, retrait d'Afghanistan fin 2013. La gestion des crises grâce aux moyens militaires est un vrai enjeu qui nécessite d'avoir une réflexion sur la polyvalence des matériels pour qu'ils puissent effectuer des missions de sécurité civile par exemple. Cela aurait le double avantage d'accroître la légitimité du budget de la défense pour les Français et de contribuer au lien armée nation de manière plus tangible. Il convient cependant de réfléchir à la priorité à accorder à l'emploi des moyens militaires et par qui.


Moyens du génie après la tempête Xynthia crédit: vendéeinfos.com


La stratégie française de défense et de sécurité sera donc grandement contrainte par un budget en berne, elle devrait reposer donc sur une posture défensive de réponse aux risques et menaces et non pas sur une volonté d'accroissement d'influence. Les forces armées devront poursuivre cette adaptation à la réaction à minima (justifiant une nouvelle baisse des effectifs?). En cela au moins, le futur LBDSN ne rompra pas avec l'édition actuelle.

 * au sujet de la surprise stratégique lire la série de billets proposée par Olivier Kempf sur EGEA

dimanche 22 janvier 2012

L'invasion de la Syrie est planifiée! (enfin virtuellement)

Les Jeux vidéos ont aujourd'hui une place de choix dans l'espace culturel mondial. Le jeu Call of Duty Modern Warfare 3 est ainsi devenu le produit culturel le plus rentable lors de sa sortie avec près de 9,3 millions d'unités vendues (6 millions avaient été pré-commandées). L'impact est donc grandissant sur la société comme le démontre également les réactions occasionnées par la sortie d'un jeu vietnamien 7554 repéré par Marsattaqueblog sur twitter avant de faire les titres de quotidiens plus huppés. Dans ce jeu, vous faites partie du Viet-minh et le but est d'éliminer un maximum de soldat français. Plutôt surprenant, lorsque depuis des années l'ennemi appartient à l'Axe, est Soviétique voire Vietnamien. Faut-il y voir un nouveau signe d'une "desoccidentalisation" (pas très heureux comme néologisme)? Pourquoi pas mais ce qui est sûr c'est que, pour ce type de jeu de guerre, l'inspiration géopolitique reste primordiale et l'imagination des concepteurs s'avère parfois surprenante, à la limite de la prémonition.


Combat Mission: Shock Force "The Syrian Invasion" en est une démonstration. Paru le 27 juillet 2007, ce jeu de stratégie (combat tactique au tour par tour) met en scène l'invasion de la Syrie par l'armée américaine. L'enjeu diffère quelque peu de la situation actuelle puisque le motif de l'action est de lutter contre le terrorisme, mais la problématique tactique reste identique et le jeu permet d'appréhender une opération moderne en milieu essentiellement désertique et urbain.


A la tête soit de la brigade de l'US Army Stryker, soit d'une brigade du corps expéditionnaire des Marines ou encore d'une task force composée par le Canada, le Royaume-Uni, l'Allemagne et les Pays-Bas vous vous engagez dans un pays disposant d'une armée équipée - certes par de l'armement de l'ère soviétique - et entraînée. Les T-72 et les forces spéciales syriennes posent rapidement des problèmes notamment en zone urbanisée et les casse-têtes tactiques se succèdent les uns aux autres. La capacité des armes utilisées est, semble-t-il, bien restitué ce qui contribue à l'aspect réaliste.

BRDM2-ATGM
 
L'expérimentation de ce jeu permet vite de comprendre la "frilosité" occidentale pour s'engager en Syrie, contrairement à la Libye, du point de vue tactique tout du moins. Deux points développés dans le jeu reflètent également les nouvelles caractéristiques des conflits modernes:
  • Tout d'abord, la présence d'IED (improvised explosive devices) le long des itinéraires est un héritage du conflit irakien. Plus difficile à détecter que le minage traditionnel et d'un coût très faible, c'est une véritable entrave à la liberté de mouvement. 
  • L'autre point c'est la prise en compte d'une task force multinationale pour cette opération d'invasion. En effet, et même si la coalition est à forte coloration américaine, le jeu pointe du doigt l'incapacité pour quelque nation que ce soit d'agir seule dans un conflit de ce type.

Carte livrée avec le jeu: Yapluka!

Précis, doté d'une intelligence artificielle de bonne qualité, Combat Mission: Shock Force pourrait être un bon outil de préparation intellectuelle pour tout état-major. Cette plateforme pourrait permettre, de manière ludique, la confrontation des choix tactiques pour en vérifier la faisabilité à l'instar de la phase de "wargaming" dans la conception des ordres. Néanmoins, comme le rappelle le colonel Goya sur son blog, il est nécessaire que les mentalités évoluent pour considérer un tel outil comme utile.

Le site officiel du jeu:
http://www.battlefront.com/index.php?option=com_content&task=blogcategory&id=31&Itemid=80;

mercredi 18 janvier 2012

les livres de Patton

La culture générale est une qualité qu'il convient de développer constamment pour tout officier. L'armée américaine se montre particulièrement consciente de cette nécessité et cela au plus haut sommet de la hiérarchie puisque l'ancien chef d'état-major de l'US Army, le général Dempsey, donnait sa propre liste d'ouvrages qu'il conseillait à la lecture de son personnel. Son successeur, le général Odierno, reprend le flambeau en sollicitant l'avis de tous pour établir sa liste.


Ces conseils littéraires prennent encore plus de valeur lorsqu'ils proviennent d'un homme qui a fait ses preuves sur les champs de bataille au point d'être considéré par une grande part de ses compatriotes comme l'un des plus grands chefs militaires de l'histoire. Le général George S. Patton Jr collectionnait les livres avec passion et s'il en lisait pour le plaisir, la plupart l'aidèrent à étudier l'histoire militaire. 7 ans après sa mort, son épouse avait compilé une liste de ses livres favoris pour le magazine Armor magazine. Celle-ci incluait les livres suivants:
  • Maximes de Frédéric le Grand
  • Maximes de Napoléon et toutes les biographies militaires sur Napoléon
  • Commentaires sur la Guerre des Gaules de Jules César
  • Les traités de von Treitschke et Von Clausewitz
  • Les mémoires du Général Baron de Marbot (colonel sous l'Empire)
  • Charles XII de Suède par Carl Gustafson Klingspor
  • The History of the Decline and Fall of the Roman Empire par E. Gibbon
  • Strategicon par Marcus et Spaulding
  • Le Prince de Machiavel
  • La psychologie des foules de Gustave Le Bon
  • Art of the War in the Middle Ages, Oman
  • The Influence of Sea Power Upon History, Amiral Mahan
  • Stonewall Jackson, Henderson
  • Memoirs of U.S. Grant
  • Battles and Leaders of the Civil War, R.E. Lee and  Lee's Lieutenants, Freeman
  • Years of Victory and Years of Endurance, Bryant
  • Gallipoli, Hamilton
  • Thucydides Histoire Militaire de la Grèce
  • Mémoires de Ludendorff, Von Hindenburg et Foch
  • Gengis Kahn, Alexander, Lamb
  • Alexander, Weigall
  • The Home Book of Verse
  • tous les écrits de Winston Churchill
  • toutes les oeuvres de Kipling
  • tous les écrits de Liddell Hart
  • tous les écrits de J.F.C. Fuller et plus spécialement Generals, Their Diseases and Cures
Durant la Seconde Guerre Mondiale, Patton a également lu des livres traitants des zones dans lesquelles il devait combattre par la suite ou encore d'auteurs dont il respectait les connaissances tactiques:
  • The Normans in Sicily, Knight
  • The Greatest Norman Conquest, Osborne
  • The History of the Norman Conquest of England, 5 volumes Freeman
  • Infantry Attacks, Rommel
Les esprits chagrins pourront noter que les moyens de faire la guerre ont bien changé depuis les exploits du général Patton mais comme ce dernier le disait luit même expliquant ainsi l'intérêt de la culture générale: "What you must know is how man reacts. Weapons change, but man who uses them changes not at all. To win battles you do not beat weapons, you beat the soul of the ennemy"

Source: Armchair General magazine march 2004